image juges cps

L’audience consacrée à l’affaire des massacres de Guen s’est poursuivie ce lundi 1er juin devant la Cour pénale spéciale (CPS) à Bangui, avec la comparution approfondie de l’accusé Dieudonné Gomitoua. Interrogé sur les faits survenus en février et mars 2014 dans cette localité, l’accusé a été amené à s’expliquer sur son rôle présumé dans les violences, ses relations avec les autres mis en cause ainsi que les circonstances entourant plusieurs exactions perpétrées contre des civils.

Au cours des débats, le Parquet spécial a tenté d’établir la responsabilité de Dieudonné Gomitoua dans les attaques dirigées contre les populations musulmanes de Guen. Selon l’accusation, l’intéressé aurait joué un rôle central dans l’organisation des violences. Le procureur a notamment soutenu que, parmi les accusés, Dieudonné Gomitoua disposait d’un niveau d’instruction plus élevé, un élément présenté comme ayant fait de lui une figure influente dans la planification et l’orientation des opérations menées par les combattants antibalaka.

L’audience a également été marquée par les échanges entre la défense des coaccusés et l’accusé. Me Claude Pessinam, avocat de Jean Bahara, est revenu sur les déclarations faites précédemment par Dieudonné Gomitoua concernant les liens supposés entre son client et les violences. Questionné sur certaines contradictions relevées dans ses dépositions, l’accusé a affirmé que Jean Bahara intervenait auprès des combattants antibalaka à travers des pratiques mystiques, notamment en leur fournissant des protections supposées contre les balles.

dieudonné gomitoua devant la cps

S’agissant de l’assassinat de Bandjoukou, la défense de Jean Bahara a demandé à l’accusé d’apporter des éléments précis permettant d’établir l’implication effective de son client. En réponse, Dieudonné Gomitoua a déclaré avoir appris, à son retour d’une période de convalescence et après un séjour en brousse destiné à se soigner, par l’intermédiaire du chef du village, que Jean Bahara serait impliqué dans cette mort.

Les débats se sont ensuite orientés vers les relations entre l’accusé et Edmond Beina. Me Tabangle, conseil de ce dernier, a interrogé Dieudonné Gomitoua sur une rencontre évoquée dans une précédente déposition, qui aurait eu lieu au domicile d’Ali Garba. L’accusé a indiqué que cette résidence aurait servi de lieu de détention pour certaines personnes capturées durant les violences.

Au cours de l’audience, des éléments relatifs aux événements du 4 février 2014 ont également été évoqués. Une déposition attribuée à Ali Garba, rappelée devant la Cour, fait état de l’assassinat de 42 personnes ce jour-là. Selon cette version, Ali Garba aurait alerté Dieudonné Gomitoua, la veille, sur des rumeurs faisant état d’une opération visant les musulmans de la localité. L’accusé lui aurait alors répondu qu’il devait auparavant documenter les violences précédentes avant de traiter cette nouvelle alerte.

image parquet special

De son côté, Me Mokpat, avocat de Philémon Kahina alias CB, a pris la parole afin de discuter des responsabilités présumées de son client et de ses liens avec Dieudonné Gomitoua dans les violences survenues à Guen.

En réplique aux différentes accusations, Me Albert Panda, conseil de Dieudonné Gomitoua, a rejeté les griefs formulés contre son client. L’avocat a estimé que ce dernier est demeuré constant dans ses déclarations et a répondu sans ambiguïté aux interrogations de la Cour et des parties. Selon lui, aucun témoin entendu jusqu’à présent n’aurait affirmé avoir vu son client participer directement aux attaques contre les civils.

La défense a par ailleurs soutenu que Dieudonné Gomitoua aurait, au contraire, tenté d’intervenir pour sauver certaines personnes enlevées durant les violences, évoquant notamment des témoignages ainsi que les déclarations de son épouse présentées devant la Cour.

L’audience doit se poursuivre ce mardi 2 juin avec l’interrogatoire approfondi d’Edmond Beina, considéré par certaines parties comme un acteur central présumé dans le dossier des massacres de Guen.

Bélisaire Dorval SAHOUL

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *