À l’issue d’une mission de dix jours en République centrafricaine, l’expert indépendant sur la situation des droits de l’homme, Aristide Nononsi, a présenté, mardi 26 mai 2026 à Bangui, les conclusions de son évaluation sur l’état des droits humains dans le pays. Cette mission, conduite avec l’appui de la MINUSCA, s’est appuyée sur des consultations menées auprès des autorités, des organisations de la société civile et d’autres forces vives de la nation.
Dans son appréciation générale, l’expert estime que la situation des droits humains en République centrafricaine demeure relativement stable, même si plusieurs défis persistent, notamment en matière de justice transitionnelle et de protection des populations civiles : « La situation des droits de l’homme en République centrafricaine demeure relativement stable, mais cette stabilité doit être consolidée à travers un renforcement des mécanismes institutionnels de protection et un engagement plus soutenu en faveur du respect des droits fondamentaux », a indiqué Aristide Nononsi.
Selon lui, le renforcement des mécanismes institutionnels chargés de promouvoir et protéger les droits fondamentaux constitue une nécessité afin de consolider les acquis et de garantir une meilleure effectivité des engagements pris par l’État centrafricain : « Il est indispensable de renforcer les mécanismes d’appui à la justice transitionnelle afin de permettre aux institutions compétentes de jouer pleinement leur rôle dans la prévention des violations et la promotion d’une paix durable ».

L’expert indépendant a par ailleurs salué la mise en place du nouveau bureau de la Commission Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation (CVJRR), estimant qu’il s’agit d’une avancée importante dans le processus de justice transitionnelle. Toutefois, il a insisté sur la nécessité d’un appui accru, notamment sur le plan financier, afin de permettre à cette institution de remplir efficacement sa mission de réconciliation et de réparation : « La mise en place du nouveau bureau de la CVJRR constitue un signal positif. Toutefois, cette institution doit bénéficier de ressources suffisantes, notamment financières, pour accomplir efficacement sa mission de vérité, de réparation et de réconciliation », a déclaré l’expert indépendant.
Au cours de son intervention, Aristide Nononsi a également exprimé ses préoccupations concernant des violations présumées des droits humains attribuées à certains groupes armés actifs dans le pays. Il a notamment évoqué la milice A Zandé Ani Kpigbé (AAKG), opérant dans l’est du pays, accusée d’avoir procédé à plusieurs enlèvements, parmi lesquels celui de la sous-préfète de Bambouti, toujours retenue depuis plusieurs mois.
Pour l’expert, ces actes constituent de graves atteintes aux engagements relatifs au respect des droits humains et nécessitent une réponse appropriée des autorités compétentes : « Toute détention arbitraire, tout enlèvement ou toute privation illégale de liberté constitue une violation grave des engagements liés aux droits humains. Il est impératif que les personnes retenues soient libérées et que les auteurs de ces actes répondent de leurs responsabilités ».

Dans ses recommandations, l’expert indépendant a appelé le gouvernement centrafricain à poursuivre et intensifier ses efforts en faveur du respect des droits humains, condition essentielle à l’instauration d’une paix durable. Il a également insisté sur l’importance de renforcer le soutien institutionnel accordé à la CVJRR ainsi qu’aux mécanismes nationaux de promotion et de protection des droits fondamentaux : « La consolidation de la paix passe nécessairement par un engagement durable en faveur des droits humains. Le gouvernement doit poursuivre ses efforts et renforcer son soutien aux institutions chargées de la justice transitionnelle et de la protection des droits fondamentaux », a recommandé Aristide Nononsi.
Enfin, l’expert indépendant a encouragé les autorités à maintenir un dialogue permanent avec les acteurs engagés dans la défense des droits humains, mais également avec les groupes armés, dans la perspective d’obtenir la libération des personnes détenues et de favoriser un climat de stabilité : « Le dialogue demeure un instrument essentiel pour préserver les acquis en matière de paix et obtenir la libération des personnes détenues. Il importe de maintenir des échanges constants avec tous les acteurs concernés dans l’intérêt de la stabilité du pays », a conclu l’expert.
Bélisaire Dorval SAHOUL
