La Cour pénale spéciale (CPS) a repris, mardi 26 mai, l’audition au fond de Philémon Kaïn alias CB, poursuivi pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre dans le cadre des violences survenues en 2014 à Guen, localité située dans la préfecture de Gadzi. Cette nouvelle audience s’inscrit dans une étape déterminante du procès dit « Guen », très suivi par les habitants de la région.
Au cours de cette séance, la chambre d’assises de la Cour pénale spéciale a principalement interrogé l’accusé sur ses liens présumés avec plusieurs coaccusés, notamment Edmond Beina et François Boybanda, déjà entendu la semaine précédente.
Interrogé sur ses relations avec Edmond Beina, présenté dans le dossier comme l’un des acteurs impliqués dans les événements de Guen, Philémon Kaïna a déclaré ne pas avoir entretenu de relation avec ce dernier avant son arrestation. Selon ses déclarations devant la Cour, il n’aurait eu connaissance de son identité qu’à travers des récits entendus localement avant de le rencontrer après son interpellation.
L’audience s’est également penchée sur le cas d’Emerson, un jeune originaire de Guen dont la mort est évoquée dans le cadre des violences communautaires ayant marqué la région. L’accusé a affirmé que ce dernier aurait été tué par des éléments anti-balaka, soupçonné d’entretenir des contacts avec les groupes Séléka. Ces affirmations relèvent de la version exposée par l’accusé devant la juridiction et n’ont pas fait l’objet d’un examen contradictoire définitif au stade actuel du procès.

À propos de Ouaporo Narcisse, Philémon Kaïna a reconnu le connaître, expliquant avoir favorisé sa désignation à la tête de la jeunesse locale après avoir renoncé à briguer un nouveau mandat, estimant ne plus être en mesure d’assurer cette responsabilité.
L’accusé a par ailleurs rejeté les accusations l’impliquant dans la mort d’un jeune réparateur de montres et de radios, identifié dans le dossier sous le nom d’Abakar X. Devant la Cour, il a soutenu avoir tenté d’intervenir en faveur de la victime après son enlèvement présumé par des éléments anti-balaka. Selon son récit, il aurait retrouvé le jeune homme grièvement blessé avant d’œuvrer à sa libération. Il a imputé ces violences à Edmond Beina et à des individus qu’il présente comme ses collaborateurs.
Arrêté le 7 juillet 2023 à son domicile à Carnot avant d’être transféré à Bangui, Philémon Kaïna continue de contester les faits qui lui sont reprochés. Au cours de son audition, il s’est présenté comme une victime des violences perpétrées tant par les groupes Séléka que par les anti-balaka, rejetant toute responsabilité dans l’organisation de groupes d’autodéfense à Guen, malgré certains témoignages versés au dossier.
Après plus de quatre heures d’échanges entre le parquet, les avocats des victimes et la défense, le président de la chambre a suspendu l’interrogatoire. La poursuite de l’audition de Philémon Kaïna alias « CB » est prévue le 28 mai 2026.
Dans l’attente des prochaines audiences, cette affaire demeure emblématique des efforts entrepris par la CPS pour faire la lumière sur les violations graves des droits humains commises durant les crises qui ont secoué la République centrafricaine.
Bélisaire Dorval SAHOUL
