L’audience publique de la section d’assises de la Cour pénale spéciale (CPS), tenue le 23 juin dans le cadre de l’affaire dite « Bossembélé », a mis en lumière de nouveaux éléments relatifs à la disparition et à la mort présumée de l’opposant politique centrafricain Charles Massi.
Présidée par le juge Aimé Pascal Delimo, assisté des juges Émile Ndjapou et Herizo Rado Andriamanantena, ainsi que de la greffière Maître Marie-Madeleine Touakouzou, l’audience a débuté par la lecture de l’ordonnance ouvrant la procédure de contumace contre l’ancien président François Bozizé Yangouvounda.
La Cour a rappelé qu’un mandat d’arrêt international avait été délivré le 24 mars 2024 à l’encontre de l’ancien chef de l’État. Selon la CPS, les différentes tentatives de notification et de transfert n’ont pas abouti, en raison notamment d’un manque de coopération présumé des autorités de Guinée-Bissau, qui auraient invoqué l’absence d’accord judiciaire avec la République centrafricaine. La juridiction a indiqué avoir multiplié les démarches diplomatiques, institutionnelles et médiatiques afin d’assurer la notification de la procédure.
Une partie de l’audience s’est ensuite déroulée à huis clos pour examiner la demande de mise en liberté provisoire présentée par Maître Songone au nom de l’accusé Eugène Ngaïkosset. Le Parquet spécial a soulevé une exception de procédure, estimant que la requête, déposée peu avant l’ouverture des débats, ne laissait pas aux autres parties un délai suffisant pour préparer leurs observations.
Le moment le plus attendu de l’audience a été l’audition d’Éric Massi, fils de Charles Massi. Après avoir prêté serment, le témoin a retracé les circonstances ayant précédé la disparition de son père à la fin de l’année 2009.
Selon son témoignage, Charles Massi aurait quitté la région où il se trouvait pour rejoindre Bangui. La famille aurait ensuite été informée de son arrestation par des éléments tchadiens. Éric Massi a déclaré qu’un aide de camp de son père aurait utilisé un téléphone satellitaire pour signaler un transfert vers N’Djamena, avant une remise présumée aux autorités centrafricaines.

Le témoin a également évoqué l’existence d’un arrangement entre les autorités tchadiennes et centrafricaines, dans lequel Charles Massi aurait été remis à Bangui en échange du général Babaladé. Il a indiqué que des informations faisant état de mauvais traitements et de torture avaient circulé à l’époque, sans toutefois pouvoir en apporter la preuve directe.
Éric Massi affirme avoir appris la mort de son père en janvier 2010 à travers des informations transmises par des proches et d’anciens responsables politiques. Cependant, aucune dépouille n’a jamais été retrouvée. Au fil des années, plusieurs versions ont circulé concernant les circonstances de son décès. Certaines sources ont évoqué la destruction du corps dans de l’acide, tandis que d’autres ont fait état d’une exécution présumée à Bossémbélé.
Au cours de sa déposition, le témoin a également rappelé le parcours politique de Charles Massi, engagé dans la vie publique centrafricaine depuis le début des années 1990. Ancien dirigeant du Forum démocratique pour la modernité (FODEM), il avait par la suite rejoint des mouvements politico-militaires opposés au régime du président Bozizé.
Le témoignage d’Éric Massi mêle des éléments directement vécus par la famille à des informations rapportées par des tiers. Il constitue néanmoins une pièce importante dans la recherche de la vérité autour de l’un des épisodes les plus controversés de l’histoire politique récente de la République centrafricaine.
Marius SEMBOLI
