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La suspension des activités et des missions de la Commission de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), annoncée par une note circulaire largement relayée sur les réseaux sociaux, suscite de vives interrogations au sein des milieux économiques et institutionnels de la sous-région.

Selon les informations disponibles, cette décision aurait été motivée par un faible niveau de trésorerie disponible. Si elle devait être confirmée dans toute son ampleur, elle constituerait un fait inédit dans l’histoire récente de l’institution communautaire, qui regroupe six États membres : le Cameroun, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad, représentant près de 70 millions d’habitants.

Une décision lourde d’implications

La Commission de la CEMAC joue un rôle central dans la coordination des politiques communautaires, la mise en œuvre des programmes d’intégration et le suivi des engagements pris par les États membres. Sa mise en veille, même temporaire, envoie un signal préoccupant aux acteurs économiques et aux partenaires techniques et financiers.

Le secteur privé, en particulier, pourrait être affecté par cette situation. Les investisseurs nationaux et étrangers accordent une importance déterminante à la stabilité institutionnelle, à la prévisibilité réglementaire et à la cohérence régionale. Toute incertitude concernant le fonctionnement de l’organe exécutif de la CEMAC est susceptible d’alimenter un climat d’attentisme.

Par ailleurs, des interrogations subsistent quant aux modalités de prise de cette décision. A-t-elle fait l’objet d’une concertation formelle avec la Conférence des Chefs d’État et de Gouvernement, instance suprême de la Communauté ? À ce stade, aucune communication officielle détaillée ne permet de clarifier ce point.

La question du financement communautaire

Cette situation remet au premier plan le débat sur le financement de la CEMAC, notamment à travers la Taxe Communautaire d’Intégration (TCI), censée constituer une ressource essentielle pour le fonctionnement des institutions communautaires.

Plusieurs questions demeurent ouvertes : le mécanisme de collecte de la TCI est-il pleinement opérationnel dans tous les États membres ? Les contributions sont-elles reversées de manière régulière et transparente ? Des réformes structurelles ont-elles été engagées pour renforcer la sécurisation et la traçabilité de ces ressources ?

L’apparition d’une crise de trésorerie interroge, en creux, la soutenabilité du modèle de financement actuel et la discipline budgétaire communautaire.

Une intégration régionale fragilisée

Au-delà des considérations financières, la suspension des activités de la Commission pose la question plus large de la dynamique d’intégration en Afrique centrale.

Sans un organe exécutif pleinement opérationnel, la coordination des institutions spécialisées, la mise en œuvre des projets communautaires et la poursuite des politiques d’harmonisation pourraient être ralenties. Les initiatives en matière de libre circulation, de facilitation des échanges et de convergence économique risqueraient d’en pâtir.

Dans un contexte régional marqué par des contraintes budgétaires, des défis sécuritaires persistants et des tensions sur les équilibres macroéconomiques, l’intégration apparaît pourtant comme un levier stratégique incontournable. Pris isolément, aucun des États membres ne dispose d’une masse critique suffisante pour offrir un marché d’envergure capable de soutenir durablement la compétitivité du secteur privé.

La fusion CEEAC–CEMAC toujours en attente

Cette situation relance également le débat sur la rationalisation de l’architecture institutionnelle régionale, notamment à travers le projet de fusion entre la CEEAC et la CEMAC. Annoncée à plusieurs reprises comme une réforme structurante, cette initiative tarde à se concrétiser.

Les blocages observés qu’ils soient d’ordre politique, juridique ou budgétaire alimentent le sentiment d’une fragmentation institutionnelle coûteuse et peu efficiente.

Face aux inquiétudes suscitées par cette suspension, une communication officielle claire et détaillée apparaît indispensable. Les citoyens, les opérateurs économiques et les partenaires internationaux attendent des explications précises sur la nature, la durée et les perspectives de sortie de cette situation.

Au moment où la confiance constitue un facteur clé de stabilité économique, il importe que les autorités communautaires travaillent à restaurer la crédibilité institutionnelle et à réaffirmer la centralité du projet d’intégration régionale.

L’intégration n’est pas un objectif accessoire : elle demeure l’un des principaux leviers de croissance, de compétitivité et de transformation économique en Afrique centrale.

Jean-Gilles Kanko

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