Créés dans le sillage de la révolution islamique de 1979, les Gardiens de la révolution officiellement le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC, ou Pasdaran en persan) constituent aujourd’hui l’un des principaux centres de pouvoir en Iran. Force militaire, appareil sécuritaire, acteur politique et empire économique, ils jouent un rôle central dans la stabilité du régime et dans la projection de l’influence iranienne au Moyen-Orient.
Les Gardiens de la révolution sont fondés à l’initiative de l’ayatollah Rouhollah Khomeini afin de préserver les acquis de la révolution islamique et d’empêcher tout retour à l’ordre politique antérieur. Contrairement à l’armée régulière iranienne (Artesh), héritée de l’ère impériale, l’IRGC est conçu comme une force idéologique, chargée de défendre non seulement le territoire, mais surtout le système politique fondé sur le principe du pouvoir du Guide suprême (velayat-e faqih).
Placés sous l’autorité directe du Guide suprême actuellement Ali Khamenei, les Gardiens disposent d’une chaîne de commandement indépendante de celle de l’armée régulière, ce qui renforce leur autonomie et leur poids institutionnel.
Une armée dans l’armée
Au fil des décennies, l’IRGC s’est transformé en une force militaire complète, dotée de ses propres unités terrestres, navales et aériennes, ainsi que d’un arsenal stratégique comprenant missiles balistiques et drones. À cela s’ajoutent deux structures clés : le Basij, une milice de volontaires utilisée notamment pour le contrôle social et la répression des mouvements de contestation ; la Force Qods, unité d’élite chargée des opérations extérieures, du renseignement et du soutien à des groupes armés alliés hors des frontières iraniennes.
Si l’Artesh reste responsable de la défense conventionnelle du territoire, les Gardiens de la révolution concentrent l’essentiel du pouvoir militaire stratégique et des missions sensibles.
Un acteur central de la politique intérieure
Au-delà du champ militaire, les Gardiens de la révolution sont devenus un acteur politique majeur. De nombreux anciens commandants occupent aujourd’hui des postes de premier plan au sein du gouvernement, du Parlement ou des administrations locales. Leur influence s’exerce également de manière indirecte, notamment lors des processus électoraux et dans la définition des priorités sécuritaires.
Lors des vagues de protestation qui ont secoué le pays ces dernières années, l’IRGC et le Basij ont été en première ligne pour maintenir l’ordre et contenir toute contestation perçue comme une menace pour le régime.
Les Gardiens de la révolution contrôlent par ailleurs une part significative de l’économie iranienne. Ils sont présents dans des secteurs clés tels que la construction, l’énergie, les télécommunications ou encore la finance, à travers un vaste réseau d’entreprises et de fondations. Cette puissance économique renforce leur autonomie financière et leur influence sur les décisions stratégiques du pays.
Une influence régionale controversée
Sur le plan international, la Force Qods est au cœur de la stratégie d’influence régionale de l’Iran. Elle soutient et encadre plusieurs groupes alliés, dont le Hezbollah libanais, des milices chiites en Irak, le régime syrien ou encore les Houthis au Yémen. Cette politique vise à étendre la profondeur stratégique de l’Iran et à contrer l’influence des États-Unis, d’Israël et de leurs alliés dans la région.
Ces activités ont conduit plusieurs pays à sanctionner l’IRGC, voire à le désigner comme organisation terroriste, accentuant l’isolement diplomatique et économique de Téhéran.
Les Gardiens de la révolution ne sont pas une simple force armée. Ils constituent un pilier du régime islamique iranien, à la croisée du militaire, du politique et de l’économique. Là où l’armée régulière défend l’État iranien, l’IRGC défend avant tout le système idéologique et le pouvoir en place, faisant de lui un acteur incontournable de l’Iran contemporain.
Bélisaire Dorval Sahoul
