Par Ben-Wilson Ngassan (Éditorialiste)
Alors que le décompte est désormais lancé pour la grande cérémonie d’investiture qui fera du Professeur Faustin Archange Touadéra le premier président de la 7e République, le comité d’organisation des festivités se montre plus que jamais déterminé à relever le défi. Visites des sites stratégiques du cérémonial par le Premier ministre, chef du gouvernement, réunions de mobilisation des ressources nécessaires… Bref, tout indique que Bangui s’apprête à vivre un nouveau sacre.
Dans cette atmosphère solennelle, le « mathématicien-président » doit, pour sa part, faire face à mille et une équations. Analyses.
Du triomphe présidentiel à la nécessité d’une majorité absolue au Parlement
Si Touadéra a su s’assurer une victoire nette, à hauteur de 77 % des suffrages valablement exprimés lors de la dernière présidentielle, tel n’est pas forcément le cas de certains candidats aux trois autres scrutins présentés sous la bannière du Mouvement Cœurs Unis (MCU, au pouvoir).
Au-delà du triomphe présidentiel, l’actuel locataire du Palais de la Renaissance mise sur une majorité absolue à l’Assemblée nationale afin d’asseoir sa « Vision 2033 », qui vise, selon lui, à conduire la République centrafricaine vers la prospérité pour les sept prochaines années. Pour y parvenir, l’homme du 30 mars aurait donné des instructions fermes à son directeur de cabinet, Obed Namsio — par ailleurs l’un des directeurs nationaux de campagne du MCU — afin de suivre avec attention les différents contentieux électoraux devant le Conseil constitutionnel, dans le but de garantir une large victoire parlementaire.
La guerre de positionnement
Au-delà de la quête d’une majorité absolue, le dirigeant centrafricain fait plus que jamais face à une guerre de positionnement au sein même de son cercle politique. Si l’opinion publique, nationale comme internationale, demeure médusée face à cette « bataille rangée » entre « frères et sœurs unis », il n’en reste pas moins que cet épisode pourrait fragiliser les premiers pas de la 7e République si les ardeurs des uns et des autres ne venaient pas à être contenues.
Le pari du dialogue
Aussitôt après la confirmation de sa réélection par le Conseil constitutionnel, le chef de l’État a, du haut de sa chaire, appelé à l’unité. Cet acte politique s’est traduit par la réception, à la Cité des Chefs d’État, de cinq candidats malheureux à la dernière présidentielle.
Cependant, pour une partie de l’opinion, l’appel à l’unité ne devrait pas se limiter à des poignées de main avec quelques candidats. Il faudrait aller vers un véritable dialogue réunissant l’ensemble des forces vives de la nation. Pour l’heure, il demeure difficile d’affirmer si ce dialogue prendra une forme élargie et inclusive ou s’il se limitera à un cadre strictement institutionnel avec certains acteurs politiques.
La nécessité du renouveau dans la 7e République ?
Porté majoritairement par les femmes et les jeunes, Faustin Archange Touadéra doit désormais composer avec des concitoyens de plus en plus exigeants quant à la nécessité d’insuffler un souffle nouveau à la gouvernance publique. Une telle orientation aurait le mérite de renforcer la confiance entre le Président et le peuple. Reste à savoir quelle influence pourrait exercer le cercle présidentiel sur la conduite d’une réforme en profondeur.
Touadéra, seul maître à bord
Quoi qu’il en soit, connu pour son imprévisibilité stratégique, Faustin Archange Touadéra, à la veille de son investiture, demeure le seul capitaine à bord. Si ses décisions tiendront certainement compte des équilibres internes et externes, c’est bien lui qui portera la responsabilité d’incarner et de façonner les premiers pas de la 7e République
