juges cps

Les audiences se sont poursuivies ce mercredi devant la Cour pénale spéciale (CPS) dans le cadre du dossier relatif aux massacres de Guen et Gadzi, survenus le 1er février 2014 dans le nord-ouest de la République centrafricaine. Les débats contradictoires ont opposé le Parquet spécial, les avocats de la défense et le témoin Ngombo Yaya, autour des responsabilités présumées de plusieurs personnes accusées d’avoir pris part aux violences.

Au cœur des échanges figurait notamment la responsabilité alléguée de Dieudonné Gomitoua, ancien maire de Guen, cité dans le dossier comme l’un des principaux acteurs des événements.

Contestation de la crédibilité du témoin par la défense

Prenant la parole, Me Albert Panda, avocat de Dieudonné Gomitoua, a remis en cause la crédibilité du témoin Ngombo Yaya, présenté selon lui comme un témoin à charge. L’avocat a soutenu que les déclarations du témoin auraient été orientées par le Parquet spécial afin de conforter la thèse de l’accusation, au détriment de la réalité des faits.

La défense s’est également interrogée sur la connaissance réelle qu’aurait le témoin de l’accusé, ainsi que sur l’existence d’un lien direct entre Dieudonné Gomitoua, Edmond Beina et les autres personnes citées dans l’affaire. Me Panda a affirmé que le témoin relate des faits qu’il n’aurait pas personnellement vécus et qu’il chercherait à discréditer son client.

Revenant sur la déposition du témoin devant la police, la défense a rappelé que celui-ci avait alors affirmé que Dieudonné Gomitoua était responsable de l’attaque de Guen. Selon ces déclarations, l’ancien maire aurait juré de se venger de ceux qui l’avaient pillé à l’époque de la Séléka, promettant de les faire payer lors de l’entrée des groupes antibalaka dans la localité.

Accusations autour de la mort de Bandjoukou

Les débats se sont intensifiés lorsque le témoin a de nouveau affirmé que Dieudonné Gomitoua, surnommé « Coplan », ainsi qu’un certain Trixie, seraient impliqués dans la mort de Bandjoukou, un habitant de Guen. Ngombo Yaya a déclaré que la victime aurait été emmenée à moto avant d’être exécutée. Ces propos ont été fermement contestés par la défense, qui les a qualifiés d’accusations graves devant être consignées au dossier en vue d’éventuels recours.

Face à la tension croissante, le président de la Cour a brièvement suspendu l’audience avant la reprise des débats.

Les responsabilités d’autres accusés examinées

La Cour a également entendu les avocats de François Boybanda, dit Balere, d’Edmond Beina et de Jean Bahara.

Me Yves Makpevo, avocat de François Boybanda, s’est appuyé sur plusieurs pièces du dossier pour rappeler que le témoin avait déclaré connaître certains belligérants opérant à Guen, tout en affirmant ne pas être en mesure d’identifier d’autres personnes en dehors de celles qu’il avait nommément citées.

De son côté, Me Claude Pessinam, conseil d’Edmond Beina, a interrogé le témoin sur les circonstances de la mort de Bandjoukou. Ngombo Yaya a alors affirmé que Jean Bahara serait l’auteur de l’assassinat, déclarant l’avoir vu transporter la victime à moto avant de revenir sur les lieux en revendiquant publiquement le meurtre.

Me Sylvain Tambangle, avocat de la défense, a quant à lui rejeté l’ensemble des déclarations du témoin, estimant que celui-ci n’était pas en mesure d’identifier son client de manière précise. Concernant le bilan humain, le témoin a soutenu qu’Edmond Beina aurait tué environ trente personnes le premier jour de l’attaque, affirmant avoir perdu connaissance après les tirs, sous l’effet de la panique.

Les audiences se poursuivent devant la Cour pénale spéciale, qui devra apprécier la valeur des témoignages et des éléments de preuve afin d’établir les responsabilités pénales dans ces événements survenus il y a plus d’une décennie.

Bélisaire Dorval Sahoul

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *