imge coordo maingo

Ce qui devait être une opération de soutien à la scolarisation a viré au drame. Mardi 14 avril, au lycée moderne de Dékoa, dans la préfecture de la Kémo, une intervention des forces de l’ordre pour contenir une contestation liée au paiement de bourses scolaires a coûté la vie à deux élèves et fait plusieurs blessés. Face à l’émotion et aux nombreuses interrogations, les responsables du projet Maïngo ont livré leur version des faits lors d’une conférence de presse à Bangui.

Selon le coordonnateur du projet, Léon Patrice Ngueretia, l’opération s’inscrivait dans un programme d’appui à la scolarisation, avec un accent particulier sur l’autonomisation des jeunes filles : « Ces allocations concernent en priorité les élèves filles de la classe de sixième. Les garçons sont également pris en compte, mais dans une proportion limitée, sur la base de critères sociaux », a-t-il expliqué.

D’après les responsables, la sélection des bénéficiaires est assurée en amont par un comité local composé de l’administration scolaire, du Comité de gestion décentralisé (COGEDES) et d’acteurs communautaires, conformément aux critères établis avec les partenaires du projet, notamment la Banque mondiale. Toutefois, la limitation du nombre de bénéficiaires masculins estimée entre 7 % et 15 % aurait suscité incompréhensions et frustrations parmi certains élèves non retenus.

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Une contestation qui dégénère

Selon les témoignages recueillis par les responsables du projet, un groupe d’élèves, appuyé par certains parents et une femme présentée comme instigatrice, aurait contesté le processus. Des actes de protestation ont été signalés, certains jeunes étant munis de pierres, de gourdins et d’armes blanches.

Face à la montée des tensions, les forces de l’ordre ont été sollicitées par le Sous-préfet pour sécuriser les lieux, tandis que l’équipe de paiement a été évacuée sur recommandation des autorités locales : « Nous avons tenté une médiation avec les contestataires pour expliquer le mécanisme du projet, mais sans succès. Devant la dégradation de la situation, nous avons décidé de quitter les lieux. Et c’est apres nous que la situation a pris une autre tournure », a indiqué Henri Olivier Penda, chef de mission.

Des tirs meurtriers lors de la dispersion

C’est après le départ de l’équipe que le drame s’est produit. Selon plusieurs sources concordantes, des élèves auraient tenté de se diriger vers le commissariat où un opérateur de paiement avait été conduit pour sa sécurité.

Des tirs de sommation auraient alors été effectués par les forces de sécurité pour disperser la foule. Deux élèves ont été mortellement touchés, tandis que plusieurs autres ont été blessés. Les victimes ont été prises en charge dans une structure sanitaire de la localité.

Les responsables du projet Maïngo se veulent prudents quant à l’interprétation des éléments : « Les informations dont nous disposons restent préliminaires. Une enquête a été ouverte afin de faire toute la lumière sur les circonstances exactes de cet incident », a déclaré le coordonnateur. Ils insistent par ailleurs sur le fait que le projet n’est pas directement responsable des opérations de paiement, mais en assure la coordination.

Appel au calme et démenti des rumeurs

Face à l’émotion suscitée par le drame, l’Unité de gestion du projet (UGP) Maïngo appelle à la retenue et met en garde contre la désinformation. Les responsables rejettent notamment les rumeurs selon lesquelles un seul élève aurait été retenu par classe : « Toutes les filles de sixième sont éligibles. Les garçons sont sélectionnés sur la base de critères sociaux précis. Les interprétations erronées ont contribué à attiser les tensions », ont-ils affirmé.

Alors que l’indignation reste vive dans l’opinion, les autorités annoncent qu’un rapport détaillé sera rendu dans les prochains jours. Celui-ci devra établir les responsabilités, notamment sur les conditions de l’usage des armes à feu par les forces de sécurité.

Bélisaire Dorval SAHOUL

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