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En République centrafricaine, la question des infrastructures revient toujours au cœur des débats sur le développement. Pays enclavé, dépendant presque entièrement de la route pour ses échanges commerciaux, la RCA paie chaque année le prix élevé de son isolement. Dans ce contexte, la proposition du professeur Ouapou sur la création d’un chemin de fer reliant la RCA au Congo et au Cameroun apparaît comme une vision ambitieuse pour l’avenir économique du pays.

L’idée peut sembler gigantesque, voire irréaliste pour certains. Pourtant, plusieurs nations africaines ont compris qu’aucune économie ne peut véritablement décoller sans un système moderne de transport. Aujourd’hui, les marchandises qui quittent ou entrent en Centrafrique transitent principalement par le corridor Douala-Bangui. Résultat : des coûts de transport élevés, des retards fréquents et une flambée des prix sur les produits de première nécessité.

La création d’un axe ferroviaire RCA-Cameroun pourrait considérablement réduire les coûts logistiques. Le transport des marchandises lourdes comme le ciment, le carburant, le bois ou les produits miniers deviendrait plus rapide et moins cher. Cela offrirait une bouffée d’oxygène aux commerçants, aux industriels et surtout aux consommateurs centrafricains déjà confrontés à une vie chère persistante.

L’autre volet proposé par le professeur Ouapou, celui d’une liaison ferroviaire RCA-Congo, ouvre également des perspectives stratégiques majeures. Le Congo dispose d’un accès maritime important grâce au port de Pointe-Noire. Pour la RCA, cela représenterait une diversification des voies commerciales et une réduction de la dépendance à un seul corridor économique.

Au-delà du transport des marchandises, le chemin de fer pourrait devenir un moteur de transformation nationale. Sa construction créerait des milliers d’emplois directs et indirects : ouvriers, ingénieurs, techniciens, transporteurs et sous-traitants. Les régions traversées pourraient connaître un développement accéléré avec l’apparition de nouvelles activités économiques.

Cette vision pourrait également renforcer l’intégration sous-régionale en Afrique centrale. Une connexion ferroviaire entre Bangui, le Cameroun et le Congo favoriserait les échanges commerciaux, la circulation des personnes et les investissements dans la sous-région de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale.

Cependant, ce projet soulève aussi plusieurs défis. Le premier reste celui du financement. Construire un chemin de fer nécessite des investissements colossaux de plusieurs milliards de dollars. La RCA devra convaincre des partenaires techniques et financiers capables d’accompagner un projet de longue haleine.

Le second défi concerne la stabilité sécuritaire. Les investisseurs étrangers hésitent souvent à engager des fonds dans des zones où l’insécurité demeure fragile. Sans amélioration durable du climat des affaires et de la sécurité, ce rêve ferroviaire risque de rester sur papier.

Enfin, une question essentielle demeure : la volonté politique. Les grandes infrastructures demandent une vision d’État sur plusieurs décennies. Le chemin de fer ne doit pas être un simple slogan politique, mais un véritable projet national porté avec rigueur, transparence et planification.

La proposition du professeur Ouapou a au moins le mérite de relancer le débat sur l’avenir économique de la RCA. Car le véritable développement ne peut se limiter aux discours. Il passe aussi par des infrastructures capables de transformer durablement l’économie nationale.

Pour beaucoup de Centrafricains, le train reste encore un rêve lointain. Mais dans une Afrique qui accélère sa modernisation, la RCA devra tôt ou tard choisir entre rester enclavée ou construire les rails de son émergence économique.

Bélisaire Dorval SAHOUL

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