À peine cinq jours après la tenue des élections groupées du 28 décembre 2025, le candidat de l’URCA, Anicet Georges Dologuélé, a multiplié les sorties médiatiques contestant le processus électoral, allant jusqu’à s’autoproclamer vainqueur du scrutin présidentiel. Une attitude qui suscite de vives interrogations quant au respect du cadre légal et à la responsabilité politique dans un contexte national encore fragile.
Lors d’un point de presse tenu au siège de son parti à Bangui, M. Dologuélé a dénoncé ce qu’il qualifie de « graves irrégularités », évoquant un climat de pression, des manœuvres supposées et le refus de remise des copies de procès-verbaux par l’Autorité Nationale des Élections (ANE). Toutefois, ces accusations, formulées sans preuves rendues publiques à ce stade, interviennent alors même que le processus légal de centralisation et de proclamation des résultats est toujours en cours.
Plus préoccupant encore, le candidat de l’URCA s’est publiquement déclaré vainqueur sur la base de résultats provisoires qu’il affirme avoir suivis, une démarche qui tranche avec les principes élémentaires de prudence et de respect des institutions républicaines. Une telle posture, jugée par de nombreux observateurs comme prématurée et politiquement risquée, alimente davantage les tensions au lieu de contribuer à la sérénité du débat démocratique.

Un cadre légal pourtant clair
Face à ces déclarations, la direction nationale de campagne du président sortant et candidat Faustin Archange Touadéra a rapidement réagi par un communiqué officiel, rappelant avec fermeté que la proclamation des résultats électoraux ne relève ni des candidats ni des partis politiques, mais exclusivement des institutions habilitées.
La Constitution du 30 août 2023, en son article 71, confie clairement cette responsabilité au Conseil constitutionnel, après publication des résultats provisoires par l’ANE. De même, le Code électoral encadre strictement les délais et les modalités de publication des résultats. Dans ce contexte, toute tentative d’auto-proclamation apparaît comme une violation manifeste de l’esprit et de la lettre de la loi.
Le camp Touadéra dénonce ainsi une stratégie politique visant à masquer un échec électoral annoncé et à exercer une pression indue sur les institutions de la République. Il met en garde contre les conséquences d’un tel comportement sur la stabilité nationale et l’image démocratique du pays.
Une posture récurrente de contestation
Pour de nombreux analystes, cette nouvelle sortie de M. Dologuélé s’inscrit dans une logique récurrente de contestation systématique, déjà observée lors des précédentes échéances électorales. Une posture qui, au lieu de renforcer la démocratie, tend à fragiliser la confiance des citoyens dans les institutions et à entretenir un climat de suspicion permanente.
Dans un pays marqué par des années de crises politiques et sécuritaires, la responsabilité des leaders politiques demeure essentielle. L’appel au calme, à la retenue et au respect des voies légales apparaît aujourd’hui comme une exigence démocratique incontournable.
En attendant la proclamation officielle des résultats par l’ANE et le Conseil constitutionnel, les autorités et plusieurs acteurs politiques appellent la population à ne se fier qu’aux communications officielles et à rejeter toute tentative de manipulation de l’opinion.
La démocratie centrafricaine, rappellent-ils, ne se construit ni dans la précipitation ni dans l’agitation, mais dans le respect des lois, des institutions et de la volonté souveraine du peuple.
Bélisaire Dorval Sahoul
