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Par Ben-Wilson Ngassan (Éditorialiste)

Alors que les croyants du Tchad (chrétiens et musulmans) s’apprêtent, à l’instar des autres pays du monde, à entrer pour les uns dans le ramadan, pour les autres dans le Carême, une question politique refait surface : le Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno pourrait-il enfin accorder la liberté, ne serait-ce que provisoire, à l’opposant Succès Masra ainsi qu’à plusieurs autres prisonniers politiques, dans un contexte où N’Djamena fait face, plus que jamais, à une menace sécuritaire d’une rare gravité ? Pour l’analyste Ben-Wilson Ngassan, après des élections encore largement contestées au Tchad, une telle mesure serait le gage d’une véritable réconciliation nationale. Tribune.

Un pays laïc, mais profondément marqué par sa diversité religieuse

Même si constitutionnellement le Tchad est un pays laïc, il n’en demeure pas moins que, depuis son indépendance en 1960, il est démographiquement marqué par une forte présence des communautés chrétienne et musulmane.

Selon les données du Pew Research Center, les musulmans représenteraient entre 52 et 58 % de la population tchadienne, tandis que la communauté chrétienne oscillerait entre 35 et 40 %, dont environ 20 % de catholiques.

Sur le plan géographique, le Nord-Est du pays est majoritairement musulman, tandis que le Sud est principalement chrétien et animiste.

Loin de nous l’idée d’analyser l’actuelle crise politico-sécuritaire comme originellement confessionnelle. Loin s’en faut. Ce rappel historique et géographique vise plutôt à souligner que, de tout temps, les deux communautés ont coexisté. Et que, par une forme de coïncidence symbolique, elles entrent cette semaine dans des temps forts de recueillement spirituel, (Carême et ramadan) périodes de repentance, de pénitence et de purification intérieure.

Difficile d’éviter la question politique : le cas Masra

Dans ce contexte spirituel particulier, il serait presque impossible de ne pas évoquer le cas de Succès Masra et des centaines d’autres prisonniers politiques tchadiens qui, avec lui, croupissent dans les prisons du pays.

Depuis son entrée en politique à la tête du parti Les Transformateurs, face au pouvoir incarné par la lignée Déby, Succès Masra s’est imposé non seulement comme un tribun, mais surtout comme un leader en qui de nombreux Tchadiens notamment dans le Sud se reconnaissent.

Condamné à 20 ans de prison, il est détenu depuis de longs mois. Avec lui, plusieurs autres opposants, dont certains issus du cercle du défunt Yaya Dillo, purgent également de lourdes peines. Dès lors, peut-on réellement envisager une réconciliation nationale durable sans la participation active de ces forces politiques ?

Une crise sécuritaire aux multiples inconnues

Le Tchad fait aujourd’hui face à des défis sécuritaires majeurs :

Menaces persistantes de Boko Haram dans la région du Lac Tchad ; instabilité aux frontières avec la Libye et le Soudan ; tensions politiques post-transition ; recomposition des alliances militaires au Sahel, consécutive au retrait ou à la réduction de certains partenaires occidentaux. Une telle situation appelle à un véritable « front national » afin d’éviter l’embrasement. Or, compte tenu du poids politique de Succès Masra et des autres figures de l’opposition actuellement détenues, il semble difficile d’envisager une unité nationale pleine et entière sans leur implication.

L’implication supposée de la France : un atout ou une équation délicate ?

La question du rôle de la France se pose également. Récemment, le président Mahamat Idriss Déby Itno a été reçu par Emmanuel Macron à l’Élysée pour évoquer, entre autres, la situation sécuritaire du Tchad. Dans le même temps, l’avocat de Succès Masra aurait entrepris des démarches diplomatiques en France afin de sensibiliser certains cercles politiques à la situation des prisonniers politiques tchadiens.

Toutefois, la réconciliation nationale demeure avant tout une affaire souveraine.

Le pouvoir tchadien, ultime arbitre

En définitive, il appartient au pouvoir en place et au Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno de mesurer la portée historique d’un geste d’apaisement.

À l’heure où le pays est confronté à des menaces sécuritaires graves, la libération (même provisoire) de Succès Masra et des autres prisonniers politiques pourrait constituer un signal fort d’ouverture et de rassemblement. Le Tchad mérite, en ces temps d’incertitude, un sursaut d’unité fondé sur la justice, l’égalité et l’inclusion politique.

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