Le positionnement d’Arnaud Djoubaye Abazène face à la rivalité entre Prisca Rosine Mano et Portia Adrienne Deya Abazene suscite des interrogations. À l’approche de l’élection municipale de Bangui, les apparitions publiques, les soutiens supposés et les équilibres internes au sein du Mouvement Cœurs Unis (MCU) alimentent les spéculations autour d’une compétition politique aux multiples enjeux.
À l’approche de l’élection à la tête de la mairie de Bangui, prévue selon plusieurs indiscrétions pour le 16 juin prochain, les lignes politiques semblent progressivement se dessiner au sein des sphères dirigeantes et du parti au pouvoir. Dans un contexte marqué par une compétition opposant Mme Prisca Rosine Mano à Mme Portia Adrienne Deya Abazene, un élément particulier attire l’attention et suscite de nombreuses interrogations : le positionnement supposé du ministre d’État à la Justice, Arnaud Djoubaye Abazène.
Figure influente du Mouvement Cœurs Unis (MCU) et acteur important des mécanismes de décision du parti, Arnaud Djoubaye Abazène apparaît, aux yeux de certains observateurs, comme une personnalité dont les signaux politiques pourraient peser sur l’issue du scrutin municipal. La question suscite d’autant plus d’intérêt que Mme Portia Adrienne Deya Abazene, présentée dans plusieurs cercles politiques comme candidate du MCU, est également désignée comme sa belle-sœur.
Des faits récents ont néanmoins contribué à alimenter les spéculations. Lors de l’opération citoyenne « Kwa ti Kodro », organisée le week-end dernier, le ministre d’État à la Justice a été aperçu au marché Combattant aux côtés de Mme Prisca Rosine Mano. Cette présence publique a rapidement été interprétée, dans certains milieux politiques, comme un signe de proximité ou un soutien implicite à cette candidate.
Au même moment, Mme Portia Adrienne Deya Abazene poursuivait ses activités de terrain dans les neuf arrondissements de Bangui, notamment à Landja-Mboko, dans le 9e arrondissement, où elle participait également à une activité citoyenne dans le cadre du « Kwa ti Kodro ». Cette concomitance d’initiatives a renforcé les interrogations sur l’existence de possibles lignes de fracture, de rivalités d’influence ou de repositionnements politiques autour de la bataille municipale.

Toutefois, conclure à un désengagement du ministre envers sa belle-sœur reste, à ce stade, une interprétation davantage qu’un fait établi. Aucun positionnement officiel, aucune déclaration publique ni communication du MCU n’est venu confirmer un soutien explicite à l’une ou l’autre candidate. Dans les pratiques politiques, une présence à un événement public ne constitue pas nécessairement une preuve d’alignement exclusif.
Pour certains analystes politiques, deux principales hypothèses peuvent être avancées :
La première relèverait d’une stratégie politique interne. Dans la mesure où les conseillers municipaux des neuf arrondissements devraient élire le futur maire de Bangui, certains observateurs estiment que des influences discrètes pourraient être mobilisées afin d’orienter les grands électeurs vers une candidate jugée plus rassembleuse ou politiquement mieux positionnée.
La seconde hypothèse renverrait à une logique de solidarité politique ponctuelle. Le ministre pourrait avoir choisi d’apporter un appui circonstanciel à une candidate perçue comme davantage exposée dans une compétition sensible, sans que cela ne traduise nécessairement une rupture de proximité politique ou familiale avec Mme Portia Adrienne Deya Abazene.

Au-delà des interprétations, cette séquence révèle surtout les tensions et recompositions qui traversent actuellement les cercles politiques autour de la mairie de Bangui. Entre soutiens supposés, rivalités d’influence et jeux d’équilibre au sein du MCU, le scrutin à venir semble cristalliser des enjeux dépassant le seul cadre de la gouvernance municipale.
Selon plusieurs indiscrétions relayées dans les milieux politiques, chacune des candidates bénéficierait de soutiens institutionnels distincts : l’une serait perçue comme proche du président Faustin-Archange Touadéra, tandis que l’autre serait associée au président de l’Assemblée nationale, Simplice Mathieu Sarandji. Sans confirmation officielle, ces éléments continuent néanmoins d’alimenter les débats autour de cette compétition.
À quelques jours de l’échéance électorale, une interrogation demeure : la bataille pour la mairie de Bangui relève-t-elle d’une simple compétition locale ou traduit-elle des rapports de force plus profonds au sein des élites politiques centrafricaines ?
Jerda Diana DERAN
