La Cour pénale spéciale (CPS) a poursuivi ce jeudi 19 février 2026, l’examen de l’affaire relative aux attaques perpétrées à Guen en 2014, en République centrafricaine. À la barre, Youssouf Abdallah Abakar, victime et témoin du Parquet spécial, a livré un récit détaillé et éprouvant des violences survenues entre février et mars de cette année-là.
« L’attaque a commencé vers 4 heures du matin »
Natif de Guen et de confession musulmane, le témoin a relaté que l’attaque aurait débuté un samedi, aux environs de 4 heures du matin : « Plus de 23 personnes ont été tuées sur-le-champ », va-t-il affirmé devant la chambre d’assises.
Selon lui, les assaillants, identifiés comme des éléments anti-balaka, sont arrivés en grand nombre et ont pris pour cible le domicile de l’imam Ali Camara, où de nombreux habitants avaient trouvé refuge : « Après un moment d’intenses coups de feu, des cris de joie ont été entendus ».
Youssouf Abdallah Abakar a également déclaré que le groupe d’Edmond Beina serait revenu vers la mosquée pour procéder à un ratissage après les premières attaques.
Des accusés formellement reconnus
Blessé par balle et atteint de coups de machette, le témoin affirme avoir pu reconnaître plusieurs des assaillants : « J’ai été touché par balle au domicile où nous nous étions réfugiés avec mes frères », a-t-il indiqué.
Il cite notamment Balere et Edmond Beina parmi les personnes qu’il dit avoir identifiées. Il évoque aussi Bandjoukou, qui aurait donné des instructions avant son décès concernant son transfert vers la mosquée.
Le témoin a décrit les conséquences personnelles des attaques : « En dépit de mes troupeaux de bœufs et de certains biens que j’ai perdus, j’ai reçu des coups de machette. J’ai été évacué au village Djomo grâce au concours de Behina, considéré comme le chef des anti-balaka. Il m’a délivré un laissez-passer qui m’a permis d’atteindre Djomo, situé à plus de 30 kilomètres. » Deux de ses enfants sont, selon ses dires, portés disparus à ce jour.
La défense conteste la crédibilité du témoin
À l’issue de la déposition, les conseils des accusés ont soumis le témoin à un contre-interrogatoire appuyé.
Me Claude Pessinam, avocat de Jean Bahara, a demandé des précisions sur les circonstances de la mort de Bandjoukou, que son client est accusé d’avoir tué.
De son côté, Me Blaise Fleury Otto a mis en doute la capacité d’identification du témoin, soutenant que celui-ci, grièvement blessé par sept balles et placé en soins intensifs, ne pouvait raisonnablement reconnaître avec certitude les assaillants.
Me Albert Panda, défenseur de Dieudonné Gomitoua, alias Coplan, a pour sa part rejetée « toute implication de près ou de loin » de son client dans les événements décrits.
Un témoin constant dans ses déclarations
Malgré les questions insistantes des différentes parties, Youssouf Abdallah Abakar est resté fidèle à ses déclarations faites lors de l’enquête préliminaire.
Les débats se poursuivront devant la Cour dans les prochains jours, avec l’audition attendue d’autres témoins du Parquet spécial et de la défense.
Bélisaire Dorval Sahoul
