image ocrb

L’Office central de répression du banditisme (OCRB) est au cœur d’une vive controverse après la disparition, suivie de l’annonce du décès non documenté, du policier Romaric Judicaël MOKOBOULOU, gardien de la paix en service à cette unité. Arrêté à la suite de l’évasion spectaculaire de l’ex-chef rebelle Nourd Grégaza, le policier aurait perdu la vie en détention dans des circonstances encore inexpliquées, suscitant indignation et interrogations au sein de l’opinion publique et des organisations de défense des droits humains.

Les faits remontent à la nuit du 14 au 15 décembre 2025, lorsque Nourd Grégaza, ancien chef du groupe politico-militaire Parti du rassemblement de la nation centrafricaine (PRCN), s’évade de la maison de sûreté de l’OCRB à Bangui. Quelques heures plus tard, le procureur de la République confirme l’évasion et annonce l’arrestation de trois policiers soupçonnés de complicité : GAZI Emmaüs, ADOUMA Apollinaire et MOKOBOULOU Romaric Judicaël.

Nourd Grégaza avait été interpellé le 20 septembre 2024 à sa descente d’avion en provenance de France, où il avait purgé une peine de vingt ans de prison pour homicide. De retour en Centrafrique, il devait répondre devant la justice nationale et la Cour pénale spéciale (CPS) de lourdes accusations, notamment dans le cadre du dossier dit « Ndélé 1 », relatif aux violences meurtrières survenues en 2020 dans la préfecture de la Bamingui-Bangoran.

Silence, puis disparition

Placés en détention après l’évasion, les trois policiers n’ont, selon leurs proches, jamais été présentés devant un juge. Mais c’est surtout le sort de Romaric MOKOBOULOU qui retient l’attention. D’après sa famille, le policier aurait disparu de son lieu de détention dès la fin du mois de décembre 2025, sans qu’aucune information officielle ne soit communiquée.

« Nous avons multiplié les démarches auprès de l’OCRB et de la Direction générale de la police pour voir notre frère, mais toutes nos requêtes sont restées sans réponse », confie un membre de sa famille. Une saisine écrite de la Ligue centrafricaine des droits de l’homme (LCDH) aurait même été adressée le 16 janvier 2026, sans suite connue à ce jour.

Une annonce de décès sans corps

Le 30 janvier 2026, un nouveau tournant intervient. La famille est convoquée par le Directeur général de la police, qui leur annonce le décès de Romaric MOKOBOULOU. Aucun document officiel, aucun certificat de décès, ni surtout aucune remise du corps n’accompagnent cette annonce. Une enveloppe contenant un million de francs CFA est proposée à la famille pour l’organisation des obsèques, offre immédiatement rejetée.

« Nous voulons d’abord voir le corps. Même les morts ont des droits », s’indigne un proche du défunt. La famille s’interroge également sur l’absence de toute procédure judiciaire : « S’il était coupable, quand a-t-il été jugé ? Par quel tribunal ? En présence de quel avocat ? »

Des questions sans réponses

À ce stade, de nombreuses zones d’ombre subsistent : Qui a ordonné l’éventuelle extraction de Romaric MOKOBOULOU de son lieu de détention ? Où a-t-il été conduit et dans quelles conditions ? Quelles sont les causes exactes de son décès Pourquoi est-il, à ce jour, le seul des trois policiers arrêtés à subir un tel sort ?

En droit, rappellent plusieurs observateurs, l’État est pleinement responsable de toute personne placée sous sa garde. Une disparition ou un décès en détention, sans explication officielle ni restitution du corps, constitue une violation grave des droits fondamentaux et appelle, au minimum, l’ouverture d’une enquête indépendante.

Une affaire test pour l’État de droit

L’affaire MOKOBOULOU dépasse désormais le simple cadre d’un dossier disciplinaire ou judiciaire. Elle interroge le fonctionnement des institutions sécuritaires, le respect des procédures légales et l’effectivité des droits humains en République centrafricaine. Dans un contexte marqué par l’impunité et la lenteur judiciaire, ce dossier pourrait devenir un test majeur pour la crédibilité de l’État de droit.

En attendant, la famille du policier disparu continue d’exiger vérité et justice, tandis que l’opinion publique réclame des explications claires sur une affaire qui, jour après jour, prend les allures d’un scandale d’État.

Tania Kalou

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *