Alors que la République centrafricaine sort d’un moment politique majeur avec les élections groupées du 28 décembre 2025, un silence assourdissant domine le paysage politique : celui du Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution du 30 mars 2016 (BRDC). Une absence de parole d’autant plus troublante que cette plateforme s’était érigée, des mois durant, en principal pourfendeur du processus électoral.
Pendant des semaines, le BRDC a martelé un discours alarmiste, affirmant avec insistance qu’il était techniquement et politiquement impossible d’organiser quatre scrutins le même jour. Il promettait de « faire échec » aux élections, annonçait un chaos électoral inévitable et se posait en dernier rempart contre une prétendue dérive autoritaire. Pourtant, le scrutin s’est tenu. Les résultats provisoires ont été proclamés. Et depuis ? Plus rien.
Une opposition prise à son propre piège
Ce silence ne relève ni de la sagesse ni de la retenue républicaine. Il ressemble davantage à un désaveu politique. Le BRDC semble aujourd’hui prisonnier de ses propres prophéties non réalisées. Comment dénoncer avec force un processus que l’on annonçait impossible, alors même qu’il s’est déroulé, certes avec des imperfections, mais sans l’effondrement tant prédit ?
En politique, la crédibilité est une monnaie fragile. À force de promettre l’échec total du scrutin, le BRDC a placé la barre trop haute. Incapable d’apporter, dans l’immédiat, des preuves massives et irréfutables à la hauteur de ses déclarations passées, la plateforme semble avoir choisi la fuite dans le mutisme.
Plus inquiétant encore, ce silence intervient dans un contexte sécuritaire dégradé, notamment dans le Haut-Mbomou et le Mbomou. Alors que des populations vivent sous la menace de violences persistantes, l’opposition radicale, prompte à dénoncer le pouvoir central, se montre étrangement absente du débat public sur ces drames humains.
Cette absence de parole nourrit toutes les interrogations, y compris les plus dérangeantes. Pourquoi une plateforme qui se revendique défenseuse de la Constitution et de l’État de droit reste-t-elle muette lorsque l’insécurité gagne du terrain ? Pourquoi aucune position claire, aucune condamnation forte, aucune proposition politique audible ?
Une opposition en déroute morale et politique
Le BRDC donne aujourd’hui l’image d’une coalition désorientée, fragmentée et déconnectée des réalités du terrain. À défaut d’avoir su empêcher les élections, elle semble incapable d’assumer son rôle fondamental dans une démocratie : celui de contre-pouvoir responsable, vigilant et constructif.
À force de miser sur la contestation systématique, sans stratégie institutionnelle crédible, le BRDC s’est enfermé dans une posture de refus permanent. Or, refuser sans proposer, dénoncer sans démontrer, annoncer sans assumer conduit inévitablement à l’effacement politique.
En politique, le silence n’est jamais neutre. Il peut être interprété comme un aveu d’échec, une peur de se tromper encore, ou pire, une indifférence face aux attentes populaires. Dans tous les cas, il affaiblit l’opposition et renforce mécaniquement le pouvoir en place.
Si le BRDC entend encore jouer un rôle dans l’avenir démocratique de la Centrafrique, il devra sortir de ce mutisme stérile, faire preuve de courage politique et répondre aux questions qu’il a lui-même soulevées. À défaut, il risque de rejoindre la longue liste des oppositions bruyantes avant les élections, mais invisibles après les urnes.
La démocratie ne se nourrit pas de silences prolongés, surtout lorsqu’ils succèdent à des promesses fracassantes.
Bélisaire Dorval Sahoul
