Alors qu’une dynamique de soutien international se dessine autour de la candidature de l’ancien président sénégalais au poste de Secrétaire général de l’(ONU), le débat reste vif sur la scène politique nationale. Au Sénégal, cette perspective ne fait pas l’unanimité et révèle les lignes de fracture persistantes au sein du paysage institutionnel.
Sur le plan international, plusieurs chefs d’État africains ont exprimé leur appui à une éventuelle candidature de Macky Sall. Des rencontres diplomatiques organisées notamment à Addis-Abeba traduisent la volonté d’une partie du continent de promouvoir un dirigeant africain à la tête de l’ONU.
Fort de douze années à la magistrature suprême, Macky Sall est présenté par ses soutiens comme un homme d’expérience, rompu aux négociations internationales et disposant d’un réseau diplomatique étendu. Son rôle dans plusieurs médiations régionales et sa présidence de l’Union africaine en 2022 sont régulièrement mis en avant par ses partisans.
Des réticences au niveau national
Cependant, à Dakar, la question suscite des réserves, notamment au sein du parti au pouvoir, le Pastef. Le Premier ministre Ousmane Sonko et plusieurs figures de sa formation politique ont exprimé leur distance vis-à-vis d’un éventuel soutien officiel.
Le député Guy Marius Sagnant a publiquement estimé qu’un appui gouvernemental à Macky Sall pourrait raviver des tensions internes, dans un contexte où la transition politique demeure sensible. L’opposition historique entre l’ancien régime et les nouvelles autorités continue en effet de structurer le débat public.
Pour certains observateurs, soutenir l’ancien chef de l’État pourrait apparaître comme un revirement politique, voire une contradiction avec les critiques formulées ces dernières années à l’encontre de sa gouvernance.
Les règles de désignation du Secrétaire général
Conformément à l’article 97 de la Charte des Nations unies, le Secrétaire général est nommé par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. Le processus requiert au moins neuf voix favorables sur quinze au Conseil de sécurité, sans veto d’un membre permanent, avant validation finale par l’Assemblée générale.
S’il n’existe aucune obligation formelle qu’un candidat soit parrainé par son propre pays, une candidature sans l’appui actif du gouvernement national serait politiquement délicate. En pratique, le soutien de l’État d’origine facilite les démarches diplomatiques et le lobbying international.
La question demeure donc entière : le gouvernement sénégalais acceptera-t-il de porter officiellement la candidature de Macky Sall au nom de l’intérêt national et continental, ou privilégiera-t-il la cohérence politique interne ?
À ce stade, aucune autre personnalité sénégalaise n’a été publiquement avancée comme alternative. Mais le débat met en lumière un dilemme stratégique : conjuguer ambition diplomatique internationale et stabilité politique nationale.
Au-delà de la personne de Macky Sall, cette séquence illustre les enjeux complexes auxquels le Sénégal est confronté, entre affirmation de son rôle sur la scène mondiale et consolidation de son équilibre institutionnel interne.
Bélisaire Dorval Sahoul
